Le Home Cinéma ça ne marche pas (part 6)

L'utilisation majoritaire

Soit vous avez un système Home Cinema, et vous l’améliorez, soit vous en êtes à votre première installation, soit encore vous aviez un système dans votre salon et vous aménagez une salle dédiée. Dans le premier cas, vous avez une assez bonne perception de votre façon d’utiliser l’installation. Dans les deux autres cas, il va falloir faire preuve de perspicacité. Car un critère important de la satisfaction que vous obtiendrez est parfois de faire des choix, et de privilégier une configuration par rapport aux autres.
Alternativement, vous pouvez choisir que tout sera au mieux des possibilités, mais c’est avec votre comptable qu’il faut continuer cette discussion…
Par exemple, si votre passion est d’écouter des DVD audio ou des SACD, la position optimum et le choix de vos enceintes ne devrait pas être les mêmes que pour une utilisation cinéma. Si vous optimisez les deux, vous doublez la partie diffusion de votre système. Voyons çà de plus près:
a) vous êtes audiophile
Vos dents ont du souvent grincer à la lecture de mes articles. Je vous présente mes plates excuses. Vous avez une collection de CD audio à 2 canaux, et une chaîne stéréo de qualité. Vous avez peur que le passage en 5.1 ou 6.1 avec des composants de diffusion identiques ne coûte inutilement cher. Vous avez tout à fait raison…
Si vous souhaitez la même qualité de diffusion sur de l’audio multicanaux, il vous faudra au moins 3 enceintes identiques, et un ampli à 3 canaux. La disposition de vos enceintes sera “en étoile”. Les 3 enceintes avant devront être à même hauteur, l’enceinte centrale derrière un écran trans-sonore. Pour la stéréophonie à 2 canaux, gardez votre préampli classique, et faites installer une commutation en aval qui permet de raccorder un processeur pour passer au multicanaux. Pour le cinéma, enclenchez le mode THX du processeur, qui atténuera le rendu un peu trop aigü des bandes son cinéma, que vos enceintes haut de gamme reproduisent sans aucune atténuation.
b) Vous êtes passionné de télévision
Là, c’est simple: privilégiez l’écoute stéréophonique autour de l’écran, pour le son. Vous pouvez d’ailleurs ne pas y consacrer un gros budget, et vous contenter d’appoints pour les signaux spatialisés. Vous devrez par contre soigner les traitements d’images, parce que vous sources préférées sont loin d’êtres exempts de défauts. Il vous faudra des scalers performants, upconverters, quadrupleurs, réducteurs de bruits, etc… C’est souvent ce type de configuration qu’ont choisi de privilégier de nombreux revendeurs orientés vidéo.
c) Vous aimez le cinéma, et en avoir un chez soi, c’est …TOP!
Pas d’hésitation, votre source préférée sera le lecteur de DVD, éventuellement assisté d’un scaler vidéo. Votre écran sera grand, 16/9, 1.85 ou même 2.35, et acoustiquement transparent. Vos trois enceintes frontales seront derrière l’écran, à peu près à mi-hauteur, et seront plutôt du type sono professionnelle que Hi-Fi (contrairement aux idées reçues héritées d’il y a 30 ans au moins, le son des systèmes de sono est souvent excellent). Les enceintes arrières seront des dipôles au nombre de 4 ou plus, de petite taille et placées en hauteur.
N’oublions pas votre merveilleuse télécommande intégrée, qui permettra de faire le noir dans la pièce au simple toucher du doigt.

Pour ne rien vous cacher, c’est plutôt cette dernière approche que je préfère. Mais chacun sa tasse de thé. Dans tous ces cas de figure, vous aurez un système adapté à votre utilisation préférée, et c’est bien ca l’essentiel, non ?
Il faudra quand même pouvoir apprécier les autres utilisations, ne soyez donc pas égoïste et pensez à vos amis qui veulent voir Friends sur grand écran.

Vous pouvez ainsi donner une orientation majoritaire à la destination de votre installation, mais vous perdrez l’essentiel si vous ne respectez pas son homogénéité. C’est quoi, au fait, l’homogénéité?

L’homogénéité des systèmes: L’homogénéité peut s’exprimer dans différents domaines, mais son absence sera toujours perçue comme un résultat décevant ;
Tentons une définition par son contraire ; Un projecteur LCD d’entrée de gamme projetant une image de résolution SVGA sur un écran de 3 m de base, complété par un système de son très performant peut satisfaire un maniaque des décibels, mais pas celui qui cherche un beau spectacle.
A l’inverse, une tout « petit » son produit par un « pack 5.1 » destiné à compléter un téléviseur sur un écran de 3 m va sembler insupportable. Pour éviter ce travers, plusieurs critères sont à évaluer ;

L’homogénéité des formats : Inutile de prévoir, par exemple, un scaler qui va vous convertir toutes vos sources en Sxga si votre projecteur se limite au Svga. Inutile aussi de prévoir un décodage des formats DD-EX ou DTS-ES si vous ne disposez que de 5 enceintes…Mais çà, c’est juste du bon sens de base, vous y avez déjà pensé.

L’homogénéité du budget : La règle est simple : dans la préparation de vote budget, il faut penser à tout. Si vous oubliez ou négligez délibérément un poste, vous allez devoir amputer un ou plusieurs des autres postes, qui va (vont) cruellement se venger ; c’est tout l’équilibre de votre installation qui s’effondre !

Listons un peu ces postes : Sources, électroniques, projecteur, écran, câbles, enceintes, subwoofer, aménagements (au minimum, racks et étagères, au maximum, modification en profondeur de la pièce), conception, installation et si besoin est, consultations et traitement acoustique.
Un vilain défaut culturel semble assez répandu : «je ne suis pas plus bête qu’un autre, je peux le faire moi-même». Si vous voulez savoir ce que j’en pense, je vous propose la relecture de l’article 2 de cette série.
Par ailleurs, si votre installateur préféré vous offre, comme «geste commercial» de vous faire la conception et l’installation gratuitement, ne prenez pas cette proposition au sérieux ; soit il vous le fait payer ailleurs, soit elles vont être bâclées.

L’homogénéité du son et de l’image : Ca, c’est déjà plus technique. Pour illustrer un peu cette notion, prenons un très bon système audio, avec des enceintes puissantes, dynamiques, à haut rendement, et alimentées généreusement. Mettez votre téléviseur au milieu, dès que vous mettez en route, vous allez percevoir que quelque chose ne va pas. Le son peut être très bon, très fort, très clair, mais vous avez une furieuse envie de remettre le haut-parleur d’origine de votre télé…

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Enceintes placées derrière un écran transonore

Prenez maintenant un grand écran. Placez un système de son de bonne qualité à faible niveau, mais de petite puissance. Vous allez avoir envie de pousser le niveau bien au-delà de ce que vous enceintes peuvent accepter, et si ce n’est pas la distorsion qui vous arrête, ce sera la petite fumée noire et l’odeur âcre qui émane des tweeters.
En fait, le constat est simple ; pour que le spectacle soit satisfaisant –je dirais même, échappe au ridicule- il faut que le niveau sonore soit proportionné à la taille de l’image. De même, la résolution du projecteur, sa puissance lumineuse, et globalement tout ce qui entre dans la notion de qualité de l’image doit être proportionnelle à la surface de l’écran pour une raison très simple ; plus l’écran est petit, moins on voit les défauts. Et inversement…
On peut ainsi dire que pour préserver l’homogénéité de votre installation, il faut établir un lien entre le budget et la surface de l’écran. Mais ce lien, en pratique, n’est pas une proportion linéaire. Il s’agit plutôt d’une fonction exponentielle…

De l’homogénéité à la cohérence : Condition nécessaire, mais non suffisante… Vous rappelez-vous cette définition du cours de maths, c’était en seconde je crois… L’homogénéité, en soi, ne coûte qu’un peu de bon sens et d’expérience et on peut à ce titre lui décerner la palme du rapport qualité/ prix.
Mais elle permet aussi la cohérence qui peut se trouver dans les deux chaînes, audio et vidéo, et surtout là où les deux domaines se réunissent enfin (ou jamais ?), l’écran. Pour qu’une chaîne soit cohérente, il faut que tous ses composants fonctionnent ensemble sans pertes en inutiles décodages, ré-encodages et décodages à nouveau. Les liaisons les plus directes sont à privilégier, en évitant si possible les conversions de standards.
Les liaisons doivent être de qualité, ce qui ne veut pas dire ésotériques. Simplement, les câbles doivent être correctement disposés, les connecteurs mécaniquement fermes et bien soudés. Les standards recommandés doivent être respectés (ce n’est pas parce qu’ils ont les mêmes connecteurs cinch que les câbles audio que vous pouvez utiliser ces derniers pour raccorder la liaison YUV: Les câbles vidéo ont la même impédance que les câbles audio numériques, pas que les câbles analogiques).
Enfin, last but not least, faites fonctionner le son et l’image ensemble.
Je sais, je me répète un peu sur ce sujet, mais si le son et l’image sont décalés soit dans le temps (problème de retard souvent dû à un traitement numérique, soit de l’image, soit du son), soit dans l’espace (enceintes en dehors de l’écran), çà ne va pas le faire…
Les professionnels du cinéma ont passé des années à mettre au point cette synchronisation, et dès que techniquement c’est devenu possible, personne n’est revenu en arrière.
Alors pourquoi certains s’empressent-ils de jeter aux orties tous ces résultats ?
Par simple négligence, ou pour faire l’économie d’un écran perméable au son ?
Deux postes sont à prendre en haute considération (après votre inspecteur des impôts, bien sûr), l’écran acoustiquement transparent dans tous les cas, et si çà s’avère nécessaire, une ligne de retard numérique audio ou vidéo suivant le signal qui est en retard par rapport à l’autre.

Pour rester cohérent d’un point de vue budgétaire, il ne faut en tout cas pas ajouter ces postes à la fin, mais les intégrer dès le début. Oui, évidemment, avec tout ce qui est listé plus haut, çà fait plus cher que la somme des composants que vous aviez prévu. Dans ce cas, reprenez tout depuis le début, sans hésiter à sacrifier l’appareil dont vous rêvez tant vanté dans le banc d’essai qui vous sert désormais de livre de chevet.
A cela, il faut idéalement ajouter des prestations liées à un savoir-faire que à priori vous n’avez pas :
-La conception globale du système vidéo
-La conception du système de son
-Une étude acoustique
Ces prestations sont pour certains difficiles à accepter, pour deux raisons:
D’une part, elles s’ajoutent au budget, et sont immatérielles (ou elles enlèvent au matériel une part de budget, ce qui revient au même).
D’autre part, elles ne flattent pas votre ego, qui vous suggère que vous êtes compétent au moins pour les deux premiers postes (après tout, si vous avez lu tous ces articles, c’est bien pour acquérir cette compétence, non ?).

A la première raison, je répondrai que, si vous avez un tout petit budget, vous n’avez pas d’autre choix que de vous passer de ce type de service. Par contre, si vous avez la moindre possibilité de les intégrer dans votre budget, n’hésitez surtout pas, le résultat s’en trouvera très sensiblement amélioré.
A la deuxième, je répondrai que c’est une approche erronée : ces compétences sont d’un niveau professionnel, et si vous n’avez pas choisi d’en faire votre profession, vous n’avez pas la disponibilité de temps pour les acquérir. Alors pourquoi lire des articles tels que celui-ci ? Pour bien choisir les prestataires qui feront votre installation, par exemple, ou encore pour avoir une base de dialogue avec eux. Ou même, peut-être pour se divertir, tout simplement…


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