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Interview de Jean-Jacques Annaud : la 3D et l'IMAX en 95, comment faire un bon film 3D?

27 septembre 2012


A l’occasion de la présentation officielle du téléviseur OLED de LG à Monaco, nous avons pu rencontrer Jean-Jacques Annaud, pionnier de la 3D et notamment au format IMAX.

Jean-Jacques Annaud a été le premier à produire un film commercial en 3D, en 1995, et a dû faire face aux mêmes problèmes que l’on rencontre aujourd’hui. Cette grande compréhension de la technologie 3D lui permet de donner aujourd’hui des conseils aux réalisateurs désireux de tourner un film en 3D. L’exercice est plus compliqué qu’il n’y paraît ! A l’heure où de nouvelles caméras IMAX compatibles 3D s’apprêtent à sortir, Jean-Jacques Annaud nous livre ses commentaires sur une technologie qui a du mal à s’imposer et à sortir du cadre du cinéma.

Jean-Jacques AnnaudJean-Jacques Annaud

Cinenow.fr : Vous êtes connu pour des films comme l’Ours ou Les Deux Frères, mais on vous connait également pour Guillaumet : Les Ailes du Courage qui a été le tout premier film au format IMAX 3D. Pourquoi, entre vos autres films, avez-vous choisi de réaliser une fiction de 40 minutes destinée au Futuroscope?

Jean-Jacques Annaud : Ce n’était pas destiné au Futuroscope uniquement, c’était destiné à casser ce que j’appelle le syndrome de la poule et de l’œuf. Il n’y avait pas de salle de cinéma qui pouvait faire de la 3D, et donc aucun film ne se faisait en 3D puisqu’il n’y avait pas de salles de cinéma. A l’époque, je travaillais pour Columbia, nous sommes excités avec le Président de Columbia après avoir vu un essai de quelques secondes qui avait été fait par IMAX, en relief et en Haute Définition. La combinaison de cette très haute définition avec un effet de relief magnifique m’a emballé, et je préparais un scénario sur l’histoire vraie du pilote français Guillaumet qui, aux commandes de son avion, avait été obligé de se crasher dans les Andes et qui avait vécu une Odyssée incroyable. J’ai tout de suite pensé que ce sujet était un sujet formidable pour la 3D. Bien que ça paraisse invraisemblable aujourd’hui, j’ai été obligé de convaincre les gens d’IMAX de créer une fiction, de raconter une histoire, en 3D. Ils me disaient “non, ce n’est pas possible, nous on est spécialisé dans les papillons, dans la reproduction des langoustes mais pas du tout dans les histoires humaines”. Et je leur ai dis: “je vais vous prouver le contraire”. J’ai été heureusement très aidé par Columbia, et nous avons tourné ce film pendant que se construisait à New York la première salle pour l’accueillir. Dans l’année qui a suivi, une centaine de salles se sont ouvertes, dont une salle au Futuroscope. A l’époque c’était Monory (René Monory NLDR) qui était le président du Futoroscope. Il a vu le film en avant première à New York, il est venu me voir vers la fin de la séance et m’a dis “je vous construit une salle pour qu’on montre le film au Futuroscope”. Et effectivement il a construit une salle de 700 places qui n’a pas désempli. Il y a quelques années ils avaient arrêté la programmation mais le public s’est plaint et a demandé à ce que l’on reprogramme. Le film est toujours en exploitation, 15 ans plus tard, et c’est la beauté de ces films qui peuvent durer et qui traversent les années.

Cinenow.fr : Lorsque l’on pense à la 3D aujourd’hui, on pense à Avatar et à des moyens techniques colossaux. Comment cela fonctionnait-il en 1995, est-ce que le métier de stéréographe existait déjà?

Jean-Jacques Annaud : Oui, bien entendu, j’avais un stéréographe qui était Canadien, et qui avait mis en place une espèce de système invraisemblable avec des miroirs pour faire un film de démonstration sur le Canada pour l’exposition universelle qui s’était tenue à Montréal. C’était un petit film, documentaire, de quelques minutes. Lui avait déjà cette expérience et c’est lui qui m’a guidé dans mes premiers pas, car ce que l’on oublie beaucoup, c’est que la 3D demande une compétence technique tout à fait particulière. Il faut bien gérer la convergence des objectifs. Il ne s’agit par d’avoir deux caméras côte à côte avec l’espacement des yeux, c’est bien plus compliqué que ça, il faut savoir où on met le point (de convergence NLDR), comment vont fonctionner les fonds de décors… J’ai dû réapprendre un métier complètement nouveau. C’est aussi différent que quelqu’un qui aurait fait de la peinture toute sa vie et à qui l’on demande de faire de la sculpture. C’est une grammaire extrêmement différente et complexe, c’est pourquoi beaucoup de spectateurs sont déçus par des films en 3D car ils ont été conçus par des gens qui n’avaient pas compris qu’il s’agissait d’une approche complètement différente. Cameron a fait un film tout de suite après moi, sur le Titanic, pas sur le vrai Titanic dans les grandes profondeurs et il l’a fait en 3D. Tous les deux nous avons lancé ce mouvement, qui a démarré avec IMAX, et qui maintenant s’est répandu sur la planète, en particulier en Asie où les gens veulent voir des films en 3D, aiment le cinéma en 3D… Je pense que le cinéma en 3D, comme autrefois le son ou la couleur, va faire partie de la norme.

Cinenow.fr : Travailler en IMAX n’est pas des plus aisé, pourquoi avoir opté pour la voie la plus complexe ?

Jean-Jacques Annaud : Parce que moi j’aime bien dominer la technologie. Effectivement, à l’époque, l’IMAX était extrêmement encombrant. Les caméras pesaient de 250 à 350 kilos, les objectifs étaient fixes pour la plupart et on ne pouvait pas faire de zoom par exemple. On était obligé de mettre ces caméras sur des grues extrêmement lourdes. L’IMAX initial c’était du 70 mm, mais que l’on travaillait horizontalement. C’est-à-dire que chaque photogramme, que l’on appelait en terme technique un “quinze perforations”, était le double du format 35 mm. Prenez un appareil photo utilisant du film 35 mm qui était au format 24×36 à l’époque et imaginez avec une pellicule de 70 mm, utilisée horizontalement ! Donc vous avez des photogrammes qui font 7 ou 6 cm de base, avec une définition, netteté, comme disent les gens, 10 fois plus grande qu’en 35 mm. Vous avez au niveau du rendu de l’image une précision des détails et des couleurs, un rendu qui est quasiment supérieur à ce que votre œil peut détecter. Le rendu 3D est tout à fait spectaculaire car vous avez, face à l’écran, le sentiment d’être dans la scène, à l’intérieur de la scène, en présence des acteurs, avec eux, au milieu d’eux.

Cinenow.fr : Il y a peu de salles IMAX en France. Est-ce que vous pressentez une multiplication de ces salles?

Jean-Jacques Annaud : Ce qu’il s’est passé, c’est qu’en France il y a des salles IMAX qui marchent très bien, au Futuroscope. Le problème est qu’il y avait une salle à la Défense, qui était mal placée: les gens ne la trouvaient pas ! Le problème de la Géode c’est qu’elle n’est pas propice à la 3D. La Géode ce n’est pas de l’IMAX c’est de l’OMNIMAX. C’est une salle basée sur un objectif que l’on appelle fisheye, c’est à dire une extrême courte focale, qui est placée au centre de la salle et qui diffuse le film à l’intérieur d’une coupole. Mais on ne peut pas faire de la 3D là-dedans. C’est une fausse 3D et un format relativement bâtard. La France est aujourd’hui l’un des pays les plus sous-développés en terme d’IMAX. En Chine il y a 115 salles IMAX et ils projettent d’en faire 100 dans les 2 ou 3 ans à venir. Aux Etats-Unis je crois qu’on est sur le chiffre de 200, et en France il n’y a que le Futuroscope. Mais l’avantage c’est qu’un film comme Les Ailes du Courage a été vu par plus de 7 millions de gens, dans une salle ! Donc finalement ce que vous perdez dans le nombre, vous l’avez dans la durée.

Cinenow.fr : IMAX numérique ou sur pellicule?

Jean-Jacques Annaud : Je vous donnerai ma réponse quand j’aurai vu la nouvelle caméra qu’IMAX est en train de fabriquer, soit en Chine, soit à Los Angeles. Moi autrefois j’ai travaillé avec ce vieux système, mais la pellicule argentique est dépassée et il faut aujourd’hui voir ce qui va naître sur le marché dans les mois qui viennent. Les caméras de cinéma en numérique changent et s’améliorent tous les mois. Je vais tourner certainement vers le mois d’août, en Chine, mon nouveau film et je n’ai pas encore pris ma décision sur les caméras car il y a de nouveaux modèles en train de sortir et je ferai mon choix dans les semaines qui viennent.

Cinenow.fr : Avez-vous d’autres projets portant sur la réalisation de films 3D, et pourquoi pas en IMAX?

Jean-Jacques Annaud : Je m’interroge, pour ne rien cacher, et je vais voir quelle est la faisabilité avec ces nouvelles caméras, voir si elles ont la souplesse nécessaire, voir si elles présentent les avantages technologiques souhaités, et je prendrai ma décision assez rapidement.

Cinenow.fr : Une certaine part du public se plaint de symptômes liés à la 3D, fatigue oculaire, maux de tête. En tant que réalisateur, quelles sont vos astuces pour rendre la 3D confortable?

Jean-Jacques Annaud : Bien entendu que les gens ont mal à la tête car beaucoup de films ne sont pas fait en toute compréhension de ce qu’est la 3D. Il y a des phénomènes d’accommodation des yeux, qui doivent non seulement accommoder à des distances différentes mais également converger. C’est comme si, dans la vie, vous avez sans arrêt des objets qui s’approchent de vous, s’éloignent, se retrouvent à une distance différente. Vos yeux sont amenés à diverger, et converger sans arrêt. Il faut concevoir les films en 3D en fonction de cette réalité et beaucoup de gens qui font de la 3D ne le prennent pas en considération. On ne peut pas tourner en 3D comme on tourne en 2D. Cet effet là n’est pas inhérent à la 3D, il est inhérent au fait que lorsque vous regardez un film en 2D, vous accommodez votre regard à la distance de l’écran une fois pour toutes et pendant deux heures vous êtes tranquille! Mais quand vous avez un objet qui se déplace devant vous, vous êtes bien obligé de “faire le point”. Vos yeux travaillent, cela fatigue les muscles qui les guident et au bout de 35/40 minutes vous avez déjà mal à la tête! Comme le montage aujourd’hui suit des règles de télévision, c’est-à-dire qu’il est extrêmement rapide, vous avez un effort qui est demandé au public, qui n’est pas compatible avec la 3D. Donc il faut choisir. Si on fait un film en 3D, il sera moins bien en 2D, mais il faut savoir ce qu’on fait. Il n’y a pas de solution universelle, si vous faites un film en 3D, il reste en 3D. Vous essayez de bien comprendre ce qu’il se passe, et vous travaillez dans ce sens là. La version 2D sera du coup un peu plus lente et moi je conseille de re-monter le film. Les gens vont dire “ce n’est pas l’œuvre originale”, il faut donc faire comme j’ai fait pour Les Ailes du Courage, faire signer un contrat stipulant que le film ne sera pas diffusé en 2D.



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